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Vous avez trouvé votre formule. Votre marque a un nom, une histoire, un univers qui vous ressemble. Et maintenant vient l’une des étapes les plus redoutées des fondatrices : le packaging.
Pas seulement pour le design même si on va y revenir, parce que c’est là que tout se joue visuellement. Mais pour tout ce que vous êtes légalement obligée d’y faire figurer. La liste INCI, la PAO, le numéro de lot, le logo Triman… Si vous n’avez encore jamais créé de packaging cosmétique, ce vocabulaire peut vite ressembler à un code secret.
La bonne nouvelle, c’est que les règles existent, elles sont claires, et une fois qu’on les comprend vraiment, elles deviennent un atout, pas un obstacle.
Dans cet article, on fait le tour complet : les mentions obligatoires sur un packaging cosmétique, ce qui va sur le flacon, ce qui peut rester sur la boîte, ce qui est interdit d’écrire, et comment transformer tout ça en un packaging qui vend.
Le packaging cosmétique, c’est quoi exactement ? Primaire, secondaire, tertiaire
Avant de parler de réglementation, il faut poser un vocabulaire de base, parce que tout le monde ne parle pas de la même chose quand on dit « packaging ».
En cosmétique, il existe trois niveaux d’emballage.
Le packaging primaire
C’est le contenant en contact direct avec le produit. Le flacon, le tube, le pot, le stick. C’est lui que votre cliente tient dans la main chaque matin, celui qui protège la formule et qui donne la première impression tactile de votre marque.
Le packaging secondaire
C’est la boîte, l’étui ou l’écrin qui enveloppe le primaire. Pas toujours présent, mais souvent utile pour protéger pendant le transport, enrichir l’expérience d’unboxing, et on y reviendra, accueillir une partie des informations obligatoires quand le flacon est trop petit pour tout contenir.
Le packaging tertiaire
C’est l’emballage d’expédition : carton, intercalaires, protection pour l’envoi. Et si vous vendez en e-commerce, ce qui est probablement votre cas, c’est lui que votre cliente reçoit en premier. C’est lui qu’elle ouvre, qu’elle filme, qu’elle photographie. Pas vraiment un détail opérationnel, donc raison de plus pour en prendre soin, y compris côté éco-responsabilité.
J’ai d’ailleurs listé 9 solutions de packaging écologique concrètes pour vous aider à faire les bons choix.
Sur la fonction du packaging en général : elle dépasse largement la protection du produit. Protéger, présenter, positionner, promouvoir, fournir l’information. Ces cinq rôles coexistent sur chaque emballage, et c’est le dernier que la réglementation encadre le plus strictement.
Et l’enjeu est réel : selon une étude Ipsos, 72 % des consommateurs affirment que le design de l’emballage influence leur décision d’achat. Autrement dit, votre packaging travaille pour vous bien avant que votre cliente ait lu le premier ingrédient.
Le packaging secondaire est-il obligatoire ?
Non. Vous n’êtes pas obligée d’avoir une boîte autour de votre flacon.
Mais si vous n’en avez pas, toutes les mentions obligatoires doivent figurer directement sur le packaging primaire, le flacon, le tube ou le pot. Et quand on sait combien d’informations sont requises, ça peut vite poser un problème de lisibilité sur un petit format.
C’est là qu’intervient le symbole du livre ouvert (📖). Si votre flacon est trop petit pour tout accueillir notamment la liste INCI et les précautions d’emploi, vous pouvez renvoyer à une notice, une carte ou un feuillet joint au produit. Ce symbole doit figurer sur le flacon, et l’information complète doit rester accessible.
Si vous avez un packaging secondaire, les mentions obligatoires doivent figurer sur les deux : sur le récipient ET sur la boîte. Avec une exception : la liste INCI peut figurer uniquement sur l’emballage secondaire si elle ne tient pas sur le flacon. Mais dans ce cas, la boîte doit accompagner le produit jusqu’à la cliente et elle ne peut pas être retirée avant la vente.
La règle à retenir : votre cliente doit toujours pouvoir accéder à l’information, quelle que soit la façon dont le produit lui parvient.
Les mentions obligatoires sur un packaging cosmétique : la checklist complète
L’étiquetage des produits cosmétiques en Europe est régi par le Règlement Cosmétique Européen n°1223/2009, article 19. Il s’applique à tous les produits mis sur le marché en France et dans l’UE, quel que soit le circuit de distribution, boutique, e-commerce, revendeur, spa.
Toutes ces informations doivent être apposées en caractères indélébiles, facilement lisibles et visibles, en français pour le marché français.
Le nom et l’adresse de la personne responsable
Une personne physique ou morale établie au sein de l’UE, qui garantit la conformité du produit et tient à disposition des autorités le Dossier d’Information Produit (DIP). Pour une marque française, c’est généralement vous, votre laboratoire ou votre distributeur. Cette mention permet à la cliente et aux autorités de contrôle de savoir qui contacter en cas de problème.
Le contenu nominal
La quantité de produit indiquée en grammes (g) ou en millilitres (mL), avec des règles de taille minimale de caractères selon les volumes.
La DDM ou la PAO. Et non, ce n’est pas la même chose
C’est le point qui crée le plus de confusion, alors prenons le temps de bien le poser.
La DDM (Date de Durabilité Minimale) concerne les produits dont la durée de conservation est inférieure ou égale à 30 mois. C’est une date limite avant ouverture, indiquée sous la forme « À utiliser de préférence avant fin… » précédée du symbole sablier ⌛. Un masque visage avec des actifs fragiles qui se conserve 18 mois, par exemple, porte une DDM.
La PAO (Période Après Ouverture) concerne les produits qui se conservent plus de 30 mois. Ce n’est pas une date : c’est une durée d’utilisation après que le produit a été ouvert. Elle est symbolisée par le petit pot de crème ouvert 🫙 avec un chiffre « 12M » signifie que le produit reste bon 12 mois après ouverture. C’est le cas de la grande majorité des crèmes, sérums et huiles de soin.
En pratique : si vous achetez une crème aujourd’hui et que vous l’ouvrez dans six mois, le compteur démarre à l’ouverture, pas à la date de fabrication. Certaines marques affichent les deux mentions pour plus de transparence, c’est tout à fait autorisé et apprécié en clean beauty.
Le numéro de lot
Ce code permet de tracer le produit depuis sa fabrication jusqu’à la cliente. Il peut figurer sur le récipient ou sur l’emballage, sans format imposé. En cas de problème sanitaire, c’est lui qui rend possible un rappel rapide et ciblé.
La fonction du produit
Si le nom de votre produit ne permet pas d’identifier clairement son usage, vous devez l’indiquer. « Lumière de Miel » demande la mention « Lait corps nourrissant ». « Huile Sèche Corps » parle d’elle-même. L’objectif : éviter tout mésusage.
Les précautions d’emploi
Les informations permettant une utilisation sûre du produit, telles que définies par votre évaluateur de sécurité. Si elles ne tiennent pas sur le packaging, le symbole livre ouvert 📖 renvoie à une notice jointe.
Le pays de fabrication – si hors UE
Obligatoire uniquement si votre produit est fabriqué hors de l’Union Européenne. La mention « Made in France » n’est pas obligatoire mais elle reste un argument commercial fort, particulièrement en clean beauty.
Le logo Triman et l’InfoTri
Depuis le 1er janvier 2022, le logo Triman est obligatoire sur tous les emballages mis sur le marché français, recyclables ou non. Il s’accompagne de l’InfoTri, qui précise les consignes de tri propres à votre emballage. C’est l’oubli le plus fréquent sur les packagings lancés ces dernières années. Pour une marque qui se revendique éco-responsable, c’est aussi une façon concrète de montrer que les engagements ne s’arrêtent pas au discours.
La liste INCI : ce que vous ne pouvez absolument pas modifier
C’est probablement le point le plus important de cet article et celui qui génère le plus de malentendus entre fondatrices et graphistes.
La liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) est la liste complète de tous les ingrédients de votre formule, dans l’ordre décroissant de leur concentration. Elle doit être précédée du mot « INGRÉDIENTS » et utiliser les dénominations scientifiques internationales.
Cette liste est fournie par votre laboratoire fabricant. Elle est intouchable.
Ce que ça veut dire concrètement : impossible de supprimer un ingrédient qui vous semble peu flatteur. Impossible de modifier l’ordre pour faire remonter un actif star alors qu’il est présent en trace. Impossible d’en ajouter un pour des raisons marketing. Toute modification de la liste INCI fournie par le laboratoire constitue une infraction au Règlement Européen n°1223/2009, susceptible de contrôle et de sanctions de la DGCCRF.
La liste INCI, c’est l’ADN de votre formule. Elle n’est pas là pour faire joli sur l’emballage, elle est le cœur même de votre produit. Le graphiste, lui, s’occupe de la rendre claire et accessible. Votre mission ? La décrypter, en saisir la valeur, et surtout… la respecter sans y toucher.
Vous pouvez par contre prendre le temps de l’expliquer : sur votre fiche produit, dans vos stories, ou même sur le packaging secondaire si vous avez la place. Une cliente qui s’intéresse à la clean beauty et qui comprend votre liste INCI, c’est une cliente rassurée. Et une cliente rassurée, c’est une cliente qui revient. Je développe tout ça plus en détail dans l’article sur la fiche produit cosmétique.
Ce que vous ne pouvez pas écrire : les allégations interdites
C’est une zone que beaucoup de fondatrices ne maîtrisent pas, et qui peut pourtant exposer à de vraies conséquences.
Sur un emballage de produit cosmétique, toutes les allégations doivent répondre à six exigences clés : elles doivent être légales, exactes, étayées par des preuves, honnêtes, impartiales et faciles à comprendre. Si ce n’est pas le cas, on se retrouve face à ce que le Code de la consommation qualifie de pratique commerciale trompeuse.
Les mentions les plus courantes à éviter :
« Non testé sur les animaux »
Il est interdit en Europe depuis 2013. La réglementation interdit l’expérimentation animale pour tous les cosmétiques commercialisés dans l’UE. Mentionner cette phrase sous-entend que d’autres produits européens pourraient l’être. C’est faux, et donc trompeur.
Les allégations « sans »
Depuis 2019, les mentions comme « sans parabènes », « sans sulfates » ou « sans phénoxyéthanol » sont très réglementées. Elles ne peuvent pas servir à présenter votre produit comme meilleur que les autres, car elles ne font que signaler une absence. D’ailleurs, il est interdit de se vanter de simplement respecter la loi : tous les produits vendus légalement le font déjà.
« Hypoallergénique »
Il n’est utilisable que si vous disposez de données cliniques qui l’étayent. Sans preuve, c’est une allégation creuse.
Si vous ne pouvez pas prouver ce que vous écrivez, ne l’écrivez pas. En cas de doute, votre laboratoire ou un expert réglementaire est votre meilleur allié avant de lancer l’impression.
Les informations complémentaires : ce qui n’est pas obligatoire mais qui fait la différence
Au-delà des mentions légalement requises, il reste de la place sur votre packaging pour raconter votre marque, rassurer votre cliente et déclencher l’envie d’acheter. Ces éléments ne sont pas imposés mais certains changent vraiment le résultat.
Les labels et certifications
Cosmos Organic, Ecocert, Vegan, Cruelty Free International… Si vous les avez, affichez-les. Votre cliente n’a pas besoin de lire votre manifeste pour comprendre ce que vous représentez. Elle le voit, et elle décide.
Le « Made in France »
Il n’est pas obligatoire si vous produisez en France, mais puissant auprès d’une clientèle clean beauty attentive à la traçabilité et à l’origine des produits.
Les actifs phares
Ils sont différents de la liste INCI. Vous pouvez mettre en lumière un ou deux ingrédients clés, leur origine, leur concentration, leur bénéfice sans toucher à la liste réglementaire. C’est de la communication, pas de l’étiquetage.
L’explication de la routine
C’est l’un des leviers les plus sous-estimés du packaging secondaire. Un côté de la boîte peut expliquer comment intégrer le produit dans une routine quotidienne, dans quel ordre l’utiliser, avec quoi l’associer. Pour la cliente, ça supprime toute hésitation avant même qu’elle ouvre le flacon : elle sait déjà comment l’utiliser, elle se projette. Pour la marque, ça fait naturellement entrer les autres produits de la gamme dans le champ de vision sans avoir à vendre quoi que ce soit. Une cliente qui comprend la routine complète sur une boîte, c’est une cliente qui pense à commander la suite.
Un QR code
Vers une vidéo d’application, une page d’ingrédients détaillée, ou des conseils d’utilisation prolonge l’expérience bien au-delà du packaging physique.
Comment hiérarchiser les informations sur votre packaging
Vous savez maintenant ce que vous devez mettre. La question suivante, c’est : qu’est-ce qui doit sauter aux yeux en premier ?
La réglementation vous dit ce qui doit être présent. Elle ne dit rien sur la mise en scène.
Quand votre cliente prend votre produit en main, elle ne lit pas dans l’ordre. Son œil va vers ce qui est le plus visible, le plus grand, le plus contrasté. C’est le Système 1 de Kahneman, ce jugement instantané qui se forme en quelques dixièmes de seconde, bien avant que le cerveau rationnel prenne le relais pour lire les ingrédients. Les marques n’ont que sept secondes environ pour faire bonne impression.
Ce que ça implique concrètement : les éléments qui créent le désir et forgent la confiance doivent être hiérarchisés visuellement avant les informations légales qui restent lisibles, mais n’ont pas besoin d’occuper le devant de scène.
En premier plan : le nom de la marque et du produit, la promesse principale ou l’actif phare, les labels et certifications, le « Made in France » si pertinent, et la PAO graphiquement intégrée à l’identité visuelle plutôt qu’étouffée dans un coin.
En second plan : la liste INCI, le numéro de lot, le logo Triman, l’adresse de la personne responsable. Présents, lisibles, mais pas en compétition avec ce qui donne envie d’acheter.
Un packaging qui répond aux critères, c’est bien. Mais un packaging qui fait vendre, c’est mieux. Surtout quand il est pensé pour celle qui le tient entre les mains, avec une logique qui lui parle.
Les mentions obligatoires sur votre packaging cosmétique : un point de départ, pas une contrainte
Si vous concevez votre premier packaging, voici comment aborder ça sans se noyer.
Commencez par rassembler ce que votre laboratoire vous fournit : liste INCI validée, PAO ou DDM selon la durée de vie de la formule, précautions d’emploi. Ce sont les éléments sur lesquels vous n’avez aucune marge mais ils sont non négociables et doivent être transmis à votre graphiste sans modification.
Ensuite, réfléchissez à ce que vous voulez dire en plus. Quels labels ? Quelle promesse ? Quelle routine à valoriser ? Quel actif mérite d’être mis en lumière ? C’est cette couche qui fait passer votre packaging cosmétique de « conforme » à « désirable ».
Puis confiez l’ensemble à quelqu’un qui comprend à la fois la réglementation, la hiérarchie visuelle et l’univers de la clean beauty. Parce qu’un packaging cosmétique qui vend vraiment, c’est un équilibre entre ce que la loi exige, ce que votre marque veut dire, et ce que votre cliente a besoin de voir pour passer à l’achat.
Votre packaging cosmétique est souvent le premier contact physique que votre cliente a avec votre marque. Avant même d’ouvrir le flacon, avant même d’appliquer le produit sur sa peau. Ce moment-là, vous ne pouvez pas vous permettre de le rater.
Si vous souhaitez qu’il soit à la fois conforme, cohérent avec votre identité visuelle et conçu pour convertir, c’est exactement ce que je fais avec les fondatrices que j’accompagne chez Crealy Studio. Découvrez le service packaging ou si vous préférez qu’on en parle d’abord, prenez rendez-vous directement ici.
